La loi sur le feu en pleine nature a changé en 2023, et beaucoup de ce qui circule sur le sujet est périmé. Voici les règles qui font foi en 2026, dans l’ordre où il faut les vérifier — et le réflexe simple, cinq minutes montre en main, qui vous évitera l’amende. Et surtout l’incendie.
Au CEETS, nous enseignons le feu parce qu’il sauve des vies. Nous enseignons aussi, et de plus en plus, à savoir y renoncer. Parce que le contexte a changé : sécheresses à répétition, incendies hors norme (l’été 2022 a marqué les esprits, et le législateur), végétation inflammable de plus en plus tôt dans la saison. Le droit a suivi.
POURQUOI LA LOI A CHANGÉ
Le 10 juillet 2023, la France a adopté la loi n° 2023-580 « visant à renforcer la prévention et la lutte contre l’intensification et l’extension du risque incendie ». Concrètement, pour nous autres qui dormons dehors : une interdiction nationale de fumer en forêt en période à risque, le jet de mégot explicitement inscrit parmi les causes d’incendie involontaire pénalement sanctionnées, et un renforcement général des obligations de prévention (dont le débroussaillement obligatoire autour des habitations en zone exposée). La même année, Météo-France a lancé la « Météo des forêts », une carte quotidienne du danger de feu, département par département.
Le message de l’État est limpide : la période où l’on faisait son feu « au feeling » est terminée.
LES RÈGLES QUI FONT FOI, DANS L’ORDRE
1. L’arrêté préfectoral de votre département — le jour même
C’est LA règle qui commande. Chaque préfet réglemente l’emploi du feu dans son département : périodes à risque, interdictions saisonnières, écobuage, barbecues, parfois même les réchauds. En cas de risque exceptionnel, il peut tout interdire, y compris sur les propriétés privées, y compris aux propriétaires (articles L131-6 et suivants, et R131-2 du code forestier). Ces arrêtés changent selon la saison, la sécheresse, le vent. Un feu légal en avril peut valoir une amende en juillet — au même endroit.
2. La règle nationale de base : pas de feu à moins de 200 mètres des bois
L’article L131-1 du code forestier interdit à toute personne autre que le propriétaire du terrain (ou les personnes qu’il autorise) de porter ou d’allumer du feu sur ces terrains et jusqu’à une distance de 200 mètres des bois et forêts. Toute l’année, partout en France. Notez le mot « porter » : transporter du feu — braise, tison, flamme — est déjà visé, pas seulement l’allumer sur place. (Avoir un briquet dans la poche, en revanche, n’est pas interdit par cet article ; mais en cas de risque exceptionnel, l’arrêté préfectoral peut interdire jusqu’à l’apport de tout matériel pouvant provoquer un départ de feu.)
Depuis 2023, l’article L131-1-1 y ajoute l’interdiction de fumer dans les bois et forêts et jusqu’à 200 mètres, pendant la période à risque définie par arrêté préfectoral.
3. Les règles du lieu précis
Parcs nationaux et régionaux, réserves naturelles, forêts domaniales, arrêtés municipaux : chaque territoire peut ajouter sa couche. Et il reste le b.a.-ba : le terrain appartient à quelqu’un, et son accord compte.
LE RÉFLEXE CENTRAL : DEUX VÉRIFICATIONS, CINQ MINUTES
Avant toute sortie où un feu est envisagé, le jour même :
1. L’arrêté préfectoral en vigueur. Rendez-vous sur le site de votre préfecture (www.nom-du-departement.gouv.fr, rubrique « feux de forêt » ou « emploi du feu »), ou cherchez « arrêté préfectoral emploi du feu + votre département ». En cas de doute, un coup de fil à la mairie de la commune concernée tranche la question. 2. La Météo des forêts : meteofrance.com/meteo-des-forets. Carte publiée chaque jour en saison (juin à septembre), à l’échelle du département, pour le lendemain et le surlendemain. Quatre couleurs : vert (danger faible), jaune (modéré), orange (élevé), rouge (très élevé). Orange ou rouge : renoncez au feu, et attendez-vous à des restrictions renforcées sur place.
C’est tout. Deux pages web, cinq minutes, et vous savez.
BIVOUAC OU CAMPING SAUVAGE : CE QUE DIT (ET NE DIT PAS) LE DROIT
Le mot « bivouac » n’existe pas dans la loi. Le code de l’urbanisme connaît le « camping pratiqué isolément » : il est libre, hors des routes et voies publiques, avec l’accord de celui qui a la jouissance du sol (article R111-32). Il y est interdit — sauf dérogation ponctuelle — sur les rivages de la mer, dans les sites classés ou inscrits, aux abords des monuments historiques, et à moins de 200 mètres des points de captage d’eau potable (R111-33). Le maire ou le plan local d’urbanisme peuvent l’interdire ailleurs, à condition que l’interdiction soit affichée (R111-34).
La distinction usuelle — le bivouac comme halte d’une nuit, tente légère montée au crépuscule et démontée à l’aube — relève des règlements locaux, notamment ceux des parcs, qui fixent chacun leurs zones et leurs horaires. Vérifiez le règlement du territoire où vous allez.
Et surtout : un bivouac légal ne vous donne aucun droit au feu. Les deux réglementations sont indépendantes. On peut dormir quelque part en toute légalité et y commettre une infraction en craquant une allumette.
FEU OU PAS FEU ? L’ARBRE DE DÉCISION
Six questions, dans l’ordre. Un seul « non » = pas de feu ce soir.
1. Ai-je le droit d’être là avec un feu ? Accord du propriétaire, ou terrain à plus de 200 mètres de tout bois (L131-1). 2. L’arrêté préfectoral du jour l’autorise-t-il, ici, aujourd’hui ? 3. La Météo des forêts est-elle verte (ou, hors saison, la végétation est-elle franchement humide) ? 4. Y a-t-il du vent ? Du vent plus de la végétation inflammable sous le vent — genêts, romarin, feuilles d’olivier s’enflamment même trempés — et le risque d’incendie devient important. 5. Puis-je protéger le sol ? Un feu à même la terre la stérilise sur 10 à 12 cm de profondeur. Une table à feu (un tas de terre de 15 cm d’épaisseur sous le foyer) évite ça. 6. Ai-je de quoi surveiller en permanence ET éteindre ? De l’eau en quantité suffisante ou une couverture de laine, à portée de main, du premier au dernier tison.
Un « non » quelque part ? Réchaud (si l’arrêté l’autorise — certains les interdisent aussi en période critique), doudoune, thermos. On en a fait un art : c’est le cold camping, et on dort très bien sans flammes.
SI ÇA TOURNE MAL
- Feu à moins de 200 mètres des bois, ou violation d’un arrêté préfectoral : contravention de 4e classe — jusqu’à 750 €, amende forfaitaire de 135 € (article R163-2 du code forestier ; montant forfaitaire fixé par l’article R49 du code de procédure pénale).
- Fumer en forêt en période à risque : l’interdiction est dans la loi (L131-1-1) ; la sanction, elle, passe en pratique par l’arrêté préfectoral qui l’interdit — même contravention de 4e classe (R163-2, 2°).
- Provoquer un incendie, même involontairement — y compris par un mégot abandonné, c’est écrit noir sur blanc depuis 2023 (article L163-4 du code forestier) : jusqu’à 2 ans de prison et 30 000 € d’amende, portés à 3 ans et 45 000 € en cas de violation manifestement délibérée d’une règle de sécurité (article 322-5 du code pénal). Ne pas donner l’alerte aggrave encore votre cas.
- Si un feu vous échappe : alertez immédiatement les secours — 18 ou 112 —, même si vous craignez la sanction. Un départ de feu signalé dans les premières minutes se traite ; une heure plus tard, il se compte en hectares. La loi punit bien plus durement le silence que la maladresse.
CE QU’IL FAUT RETENIR
- La règle qui fait foi, c’est l’arrêté préfectoral de VOTRE département, LE JOUR MÊME. Tout le reste vient après.
- Règle nationale permanente : pas de feu à moins de 200 m des bois sans être propriétaire ou autorisé (L131-1). Fumer y est interdit en période à risque (L131-1-1, depuis 2023).
- Deux vérifications avant de partir : l’arrêté préfectoral + la Météo des forêts. Cinq minutes.
- Bivouac légal ≠ feu légal. Deux réglementations indépendantes.
- Un seul « non » dans l’arbre de décision = pas de feu. Le cold camping, ça s’apprend.
- Un mégot qui part en incendie, c’est du pénal. Et si un feu vous échappe : 18 ou 112, immédiatement.
À propos de notre PDF « Bushcraft, bivouac & feux » : ce document, rédigé par Guillaume Mussard, instructeur au CEETS et agent forestier à l’ONF, est antérieur à la loi du 10 juillet 2023. En attendant sa mise à jour, ce sont les règles ci-dessus qui font foi.
Règles vérifiées en juillet 2026 sur les textes en vigueur (Légifrance). La réglementation évolue vite en la matière : en cas de doute, l’arrêté préfectoral du jour prime toujours sur cet article.
SOURCES
- Loi n° 2023-580 du 10 juillet 2023 (prévention et lutte contre le risque incendie) — Légifrance
- Article L131-1 du code forestier (feu à moins de 200 m des bois) — Légifrance
- Article L131-1-1 du code forestier (interdiction de fumer en période à risque) — Légifrance
- Article R163-2 du code forestier (sanctions) — Légifrance
- Article L163-4 du code forestier (incendie involontaire, mégots) — Légifrance
- Article 322-5 du code pénal (incendie involontaire : peines) — Légifrance
- Articles R111-32 à R111-34 du code de l’urbanisme (camping isolé) — Légifrance
- La Météo des forêts — Météo-France
- Obligations légales de débroussaillement — Géorisques (gouv.fr)
Apprenez à faire du feu proprement — et à savoir y renoncer.
